Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.

Au menu d'Absurditech aujourd'hui, pour le salé comme le sucré, on parlera de Marseille ! De ses câbles sous-marins, de ses centres de données... et de la résistance qui y monte.

Marseille : son Vieux-Port, ses calanques... et ses data-centers.
Image de MRS3, centre de données de Digital Reality, installé dans le port de Marseille

Depuis quelques mois, je vous écris cette infolettre depuis Marseille, où je suis nouvellement installé. Et la découverte la plus étonnante que j'ai faite depuis mon installation dans le coin, ce ne sont pas les couchés de soleil sur les calanques ou les "navettes" à la fleur d'oranger, mais bien... la place très encombrante des data-centers dans la ville.

Découvrant au passage que cet état de fait était très peu connu en France, et même assez peu par les marseillais·es elleux-mêmes, et bien je me suis dit qu'il fallait raconter cette histoire.

Bonne lecture !

Le grain de sel
"Drill, baby, drill".

"Fore, bébé, fore", en substance. C'est avec ce gimmick grossier, à son image, que Donald Trump a résumé sa politique énergétique toute en nuances : potards à fond sur les hydrocarbures. De cela a découlé un enlèvement illégal et politiquement inutile du président vénézuélien, tout ça pour un pétrole quasiment inexploitable.

C'est désormais dans une guerre en Iran en forme de fiasco que le grand stratège Trump est englué. Une guerre qui révèle une nouvelle fois son incompétence, pour ne pas dire plus... et qui pourrait bien avoir des conséquences fâcheuses pour lui, à domicile. C'est ce que semble déjà dessiner l'explosion du prix de l'essence outre-Atlantique, lubrifiant de l'économie et de la vie quotidienne encore plus important là bas que de ce côté ci.

L'or noir, encore lui.

Pourtant, dans le fameux détroit d'Ormuz et dans le (moins connu mais tout aussi stratégique) détroit de Bab-el-Mandeb, il n'y a pas que des bateaux remplis de pétrole et de gaz qui passent. Une autre denrée de valeur y est convoyée : la donnée. Au fond de ces détroits serpentent en effet de nombreux câbles sous-marins, transportant des données vitales pour l'économie mondiale, et que les dirigeants iraniens et leurs alliés ont déjà menacé de vive voix.


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Ok Thomas, mais c'est quoi le rapport entre des détroits au Moyen-Orient et Marseille, au juste, puisque c'est le titre de ton article ? Patience cher·e lecteur·ice, j'y viens : ces fameux câbles sous-marins partent pour beaucoup du port de la cité phocéenne, point stratégique pour Orange Marine (filiale spécialisée d'Orange) et surtout pour le leader mondial du secteur, Alcatel Submarine Networks, entreprise possédée à 80% par l'état français depuis 2024.

Et on comprend la raison stratégique d'un tel achat gouvernemental : plus de 95% du trafic internet intercontinental passe par des câbles de fibre optique posés sur le plancher océanique.

Marseille est justement le point d'arrivée de pas moins de 18 câbles intercontinentaux connectés, et un point stratégique de l'internet mondial. Depuis 2015, la région de Marseille est en effet passée de quarante-quatrième à sixième ou cinquième (selon les sources) hub mondial du trafic de données.

La ville de Marseille est donc déjà le cinquième ou sixième point au monde par où le plus de données par voie câble transitent. Et cela de par son positionnement stratégique : point d'accès idéal pour les connexions avec l'Afrique, l'Asie et le Moyen-Orient, elle présente l'avantage de pouvoir rejoindre Paris puis Londres et l'Allemagne sans obstacle géographique majeur (des montagnes), contrairement à Gênes ou Barcelone.

Autre info à noter, la ville de Marseille compte 900 000 habitants environ, et son aire urbaine, 1.6 millions d'habitants. Cela pose nombre de questions sur l'ampleur des impacts de l'installation d'infrastructures numériques, quand l'on sait que la population de hubs internet mondiaux de taille approchante sont pour la plupart bien supérieure : Hong Kong (plus de 7 millions d'habitants), Singapour (5,5 million d'habitants), Francfort (3 millions d'habitants) sans parler de Paris (11 millions pour l'Île de France) ou Londres (14 millions).

Zoom méditerranéen de la super Submarine Cable Map. La prépondérance de Marseille en tant que point de départ/arrivée de nombreux câbles sous-marins y apparait très clairement, notamment en comparaison avec le reste de la France.


De ce point découle un autre : le meilleur moyen de garantir un ping (basiquement : le temps de réponse d'un point A à un point B sur le réseau) bas, c'est de coller les data-centers au plus près du point d'arrivée des câbles. De fil en aiguille, les dits "centres de données" se sont ainsi multipliés à Marseille ces dernières années.

La proximité du point d'arrivée des câbles n'est pas la seule raison. Citons ainsi le collectif d'associations marseillais (dont on reparlera) "Le nuage était sous nos pieds" :

"Au point d'arrivée [des câbles sous-marins], dans le grand port de Marseille, Digital Realty, leader mondial des data-centers dits de
« colocation » y a vu une opportunité pour développer un marché. Dans une zone où le foncier était relativement peu cher, avec des pouvoirs publics locaux peu regardants et bénéficiant du réseau électrique français à la fois disponible et bon marché, l’entreprise Nord-Américaine a décidé d’y implanter massivement ses data centers".

Depuis 10 ans, une dizaine de centres de données sont ainsi apparus dans la ville et aux alentours. Une dizaine de projets supplémentaires seraient déjà à l'étude, en périphérie de Marseille. Digital Reality, que nous citions précédemment, opère à elle seule 5 data-centers majeurs dans le centre de Marseille (1 des 5 est encore en construction). Et elle souhaite créer en 2028, à Bouc-Bel-Air (à l'est de l'aéroport de Marignane), un centre de donnée presque aussi vaste que tous ses sites marseillais réunis.

Carte des data-centers présents à Marseille, par l'association "le nuage était sous nos pieds", dont les 5 de Digital Reality, MRS1 à 5.


En 2025, Digital Realty assumait consommer 20 mégawatts (MW) d'électricité, l'équivalent d'une ville de 25 000 habitants, pour faire tourner à l'époque ses 4 data-centers en opérations. Mais avec l'avènement des usages d'IA générative, cette consommation va fortement augmenter d'ici à 2030, comme le pointe Hugues Ferreboeuf, chef de projet numérique The Shift project :

"Il y a un point d'interrogation sur la capacité à desservir ces data centers sans renier sur l'électricité qui serait accessible, par exemple, pour l'électrification des voitures, pour l'électrification des chauffages".

On commence à toucher ici du doigt les conséquences de l'installation de ces data-centers dans des communes et régions spécifiques, même s'il est toujours aussi difficile d'avoir des données précises sur leur impact environnemental ; et c'est volontaire. Les signaux alarmants s'empilent pour autant de plus en plus vite.

Alors, en cas de pénurie énergétique, quand il faudra choisir entre les data-centers et les autres infrastructures de la ville, quel choix sera fait ?

On peut déjà imaginer la suite sur la base de quelques indices. Voici ce que disait Patrick Robert, engagé dans l’un des CIQ [Comité d'Intérêt des Quartiers] du 15ᵉ arrondissement de Marseille, à Socialter, en 2025 :

Les data centers ont accaparé toute la puissance électrique et il n’y en a plus pour l’électrification du port qui permettrait aux bateaux à quai de ne plus faire tourner leurs générateurs au fioul, et nous épargnerait les nuisances sonores et la pollution”.

L'électrification du port de Marseille, qui accueille de plus en plus de gigantesques bateaux de croisière, et permet aussi de réparer nombre de grands navires de la région, est en effet un sujet majeur dans la citée phocéenne. Les retards récurrents sur le sujet pourraient-ils être imputés à une priorité donnée au numérique ? Selon les autorités du port, 100 à 120 mégawatts sont en tout cas nécessaires à son électrification, mais les centres de données en exploitent déjà 70.

Au niveau du port, c'est également l'espace pris par les data-centers qui pose question : le sujet du foncier devient tendu à Marseille, et le port commence à être étroit, aussi large soit-il de fait. D'où l'émergence de plus en plus de projets plus loin dans les terres autour de Marseille, soulevant de nouvelles questions.

Système d'électrification à quai, pour les bateaux de croisières du port de Marseille, une autre belle industrie verte de la Méditerranée


Autre élément très concret : l’utilisation d’eau de qualité potable, puisée dans une galerie souterraine de Marseille pour refroidir les serveurs. Si on connaît peu pour le moment les conséquences pour les habitants et la région, l'arrivée de nombreuses installations supplémentaires et les sécheresses de plus en plus intenses avec le changement climatique, ont de quoi inquiéter.

Citons ainsi un exemple un peu plus au sud, en Espagne, raconté par la Quadrature du Net :

"Parfois, ces systèmes de refroidissement, quand ils ne sont pas reliés au réseau d’eau potable du territoire les accueillant, captent directement l’eau potable de nappes phréatiques, de fleuves ou de lacs à proximité. C’est le cas par exemple du data center de Facebook situé sur la ville espagnole de Talaveira de la Reina, dans la région de Castilla-La Mancha en Espagne, que le collectif Tu Nube Seca Mi Rio (« Ton nuage assèche ma rivière ») dénonce, entre autre pour son utilisation de plus de 200 millions de litres d’eau par an, équivalent à la consommation de 4 181 habitant⋅es de la région. [...] D’une puissance de 248 Megawatt, étendu sur plus de 300 000 m2 de terrain, ce data center géant bénéficie d’un soutien politique national et local. Bien que la zone de son implantation connaisse un fort stress hydrique permanent depuis des décennies, d’abord de par sa situation géographique et son climat quasi désertique, et désormais par la crise environnementale qui l’aggrave, le coût du litre d’eau y est faible. Ici encore, l’implantation des data centers sur le territoire est régie par des impératifs avant tout économiques, et non par des critères sociaux ou environnementaux."

Généralement, l'argument que l'on met face des craintes environnementales est économique : cela va créer de l'emploi, c'est tout de même le plus important non ! Il faut bien la remplir de pâtes cette assiette, quand bien même ces pâtes seront bourrées de cadmium !

Manque de pot, les data-centers, ça ne créé que très peu de boulot. C'est ce que démontre une étude récente menée par l'association états-unienne Food & Water Watch : l'industrie des data centers, malgré sa croissance exponentielle, génère en effet bien peu d'emplois stables. L'investissement nécessaire pour un seul emploi serait ainsi près de 100 fois supérieur à la moyenne des industries, tandis qu'en parallèle la consommation de ressources, elle, explose bien plus fortement. Voilà qui remet nettement en cause les bénéfices économiques promis aux communautés.

On estimait ainsi qu'en 2024, seulement 23 000 personnes occupaient des postes stables dans des data-centers aux États-Unis, soit environ 0,01 % de l'emploi total du pays. Un chiffre à mettre en regard des plus de 4 % de la consommation électrique nationale estimée pour l'industrie du numérique... et cela avant même le boom de l'IA.

Voilà qui est particulièrement problématique pour une ville comme Marseille, dont la population a besoin d'emplois, pas de colonisation de ses terres par des acteurs technologiques.

On pourrait aussi parler de souveraineté numérique face à la domination états-unienne, notamment... manque de pot : la majorité des industriels de data-centers sont aussi états-uniens, comme Digital Reality, et loue leurs services à des acteurs comme Microsoft, Google, Amazon, et consorts, états-uniens dans leur vaste majorité.

On pourrait enfin citer d'autres conséquences moins directes mais tout à fait locales du développement de l'industrie numérique, allant du très déprimant, comme l'utilisation illégale de la reconnaissance faciale assistée par IA par la police marseillaise... au plus prosaïque, comme ces petites beautés de cartes postales qu'on voit de plus en plus en ville 😅

Photos de cartes postales vendues par un magasin de souvenirs marseillais, cartes toutes générées par IA, dont l'une écrit même Marseille avec 3 L. C'est Marseillle BBB ! (Merci à Mirabelle pour la photo).


Malgré ses conséquences claires et ses bénéfices discutables, et bien la situation ne va pas aller en s'améliorant. Pas à l'ère de l'IA générative poussée dans tout et n'importe quoi, jusqu'au fond de nos gorges par les sales petits doigts de Sam Altman et consorts (pardon pour l'image si vous êtes au petit dej).

Une IA générative dont les impacts (économies, sociaux, politiques, artistiques, philosophiques) dépassent d'ailleurs déjà largement celui du développement des data-centers, et que l'on a déjà évoqué à de nombreuses reprises dans cette infolettre.

Pour reboucler avec ce que nous disions au début de ce papier, rappelons donc ce que proclamait Emmanuel Macron lors du "Sommet pour l'Action sur l'IA" en février 2025, en référence à son "bon ami" (ses mots, pas les miens) Donald Trump :

"Plug, Baby, Plug".
Branche toi, bébé, branche toi.

Macron, jamais avare en gimmicks débiles surtout quand il cite son poto Donald (on n'oublie pas le légendaire "Make Our Planet Great Again" qui n'était là que pour la façade), dit ainsi l'essentiel : grâce au nucléaire, énergie visiblement magique et inépuisable, il veut positionner la France en marché idéal pour les géants mondiaux de l'IA, en terre d'accueil adéquate pour un maximum de data-centers.

La machine est déjà en marche : il y a quelques jours, l’Assemblée Nationale et le Sénat votait la loi de "simplification de la vie économique". L’article 15 de cette loi prévoit que les data-centers d’envergure soient qualifiés de « projets d'intérêt national majeur » (PINM), ce qui permettra aux industriels comme Digital Reality d'accélérer leurs projets... et de ne pas se prendre la tête avec les obligations environnementales et de consultations du public habituelles sur de tels projets. Youpi la dérégulation !

Et comme le rappelle Data for Good, la course à l'installation de data-centers a déjà commencé : 63 nouveaux projets de data centers “clés en main” ont déjà été annoncés (dont de nombreux à Marseille).

À cela, il faut ajouter un chantier pharaonique à venir, qui permettra justement de convoyer l'équivalent de l'énergie produite par un demi-réacteur nucléaire, et cela juste pour répondre aux besoins de data-centers principalement dédiés à l'IA, à Marseille.

Un rappel toujours utile enfin, étudions la composition des votants pour la loi de simplification dont nous parlions plus haut. Ils et elles sont au nombre de 275 : 135 sont d'extrême-droite, 100 sont LR et affiliés, 34 sont LIOT et Ensemble. Matthias Renault, député RN de la Somme, disait ceci à l'issue du vote  : “Cette petite loi de simplification, c’est un petit apéritif par rapport à ce que fera le RN si on arrive au pouvoir. Ce sera puissance 10 et on le fera par ordonnance.”

Mais au delà même des questions éthiques et politiques, la question technique demeure. Les 63 nouveaux projets dont nous parlions équivalent à une puissance totale recherchée de 28,6 GW.… soit la moitié du parc nucléaire français.

Alors, le nucléaire, énergie magique, vraiment ? En tout cas, aux États-Unis, malgré les appétits nucléaires des boites de la tech, comme le racontait jeudi dernier Olivier Tesquet chez France Culture, ce sont bien les industries fossiles qui prennent le relai.

La tech peut bien nous parler de "nuage", ses limites sont physiques, comme pour toutes les autres industries.

Data-centers de Digital Reality intégrés dans la zone portuaire de Marseille


Une dernière question, enfin : toute cette puissance, toutes ces conséquences, et pourquoi faire ?

Comme le racontait Synth Média dans un article récent, certains s'en contrefichent pas mal, comme le maire des Pennes-Mirabeau, au sud de Marseille :
« Qu’il soit à Marignane ou à Vitrolles, ça ne change rien. Autant qu’il soit chez nous, comme ça, on prend les taxes ! [...] Peu importe ce que vous faites, les gens le veulent ailleurs ! La question, c’est : est-ce que l’on veut faire le virage de l’IA en France ? ».

Le maire du Bouc-Bel-Air (LR) lui estime que « c’est une infrastructure qui répond à un besoin. »

Mais quel besoin exactement ? Toujours chez Synth Média, Antoine Devillet de l’association le Nuage était sous nos pieds : « Les promoteurs prétendent qu’ils ne font que répondre à des besoins en augmentation. Or les infrastructures sont construites avec une volonté de modification des usages. »

J'ajouterais que vous connaissez déjà mes doutes sur l'utilité réelle de l'IA générative, même au nom de la sacro-sainte productivité, puisqu'aucune étude sérieuse, à ce stade, ne vient prouver ce pseudo-état de fait.

Mais dans l'idée de rester relativement bref, je ne citerai qu'un exemple final, très parlant selon moi : Microsoft a utilisé l'an dernier un data-center basé aux Pays-Bas pour stocker les données de surveillance de citoyens palestiniens sur demande de l'armée israélienne. Une entreprise US, un data-center européen, des données en provenance du Moyen-Orient. Le techno-fascisme se déploie, et cela n'a rien de magique ou d'intangible, mais c'est difficile à traquer, néanmoins.

Et vous voudriez de cela dans votre jardin, vous ?

Mais au fond, tant pis si les riverains et tout l'écosystème d'une région en souffrent. Tant pis si les retours économiques sont faméliques. Tant pis si l'utilité réelle reste à prouver, et tant pis si on ne contrôle rien de ce qui se passe dans ces grosses boites. L'important c'est le business, c'est la hype. Pas n'importe quelle hype. La AI hype ! La Data-Center-hype !

From Marseille BB to Marseille DC?

Peut-être. Ou peut-être pas, car la résistance s'organise.

 

Le grain de sucre

Dans le monde réel, la résistance s'organise

Le tableau dressé plus haut n'est pas joyeux, joyeux. Mais la résistance s'organise, et pas qu'un peu.

Et je ne parle pas là des quelques faits divers ayant marqué une radicalisation nette du rejet de l'IA outre-Atlantique. Reflets à la fois de la violence meurtrière inhérente à la culture états-unienne, et des dérives doomistes les plus zinzins ; entendre par doomistes les gens qui pensent que l'IA va se transformer en Skynet, des narratifs entretenus par les géants de la tech eux-mêmes pour maintenir la hype autour de leurs outils. Mais signes également d'une détestation de plus en plus large de l'IA (notamment générative) que les grands pontes de la tech n'ont pas encore tout à fait intégré.

Non, je parle d'autres moyens de résistance, intéressants et déjà à l'œuvre partout dans le monde.

Il y a d'abord le recours légal, et les choses commencent à devenir très intéressantes aux USA, berceau pourtant du numérique comme on le connaît aujourd'hui, et actuellement dirigés par un allier opportuniste des géants du sujet.

Pourtant, le Maine est devenu récemment le premier état états-unien à voter un moratoire sur la construction de "grands data-centers", et la ville de Monterrey Park est la première en Californie, au coeur du réacteur, à bannir la construction de tout data-center sur son territoire.

Aux USA toujours, le projet Data Center Watch estime dans un rapport que l’opposition citoyenne obtient des victoires importantes, puisqu'entre mars et juin 2025, 8 projets de data-centers y ont été arrêtés, et 9 temporairement bloqués.

Image de manifestant·es s'opposant à un projet de data-center, aux États-Unis

En Uruguay, c'est au cœur d'une sécheresse terrible que la population locale s'est soulevée contre un data-center Google en cours de construction. Face à la fronde citoyenne, le gouvernement n'a su répondre que : « vous ne pouvez pas obtenir cette information [sur la consommation en eau], car elle est soumise au secret commercial de Google. » L’affaire a finalement été portée devant les tribunaux, et les citoyen·nes ont obtenu gain de cause !


Revenons en France, et même à Marseille, épicentre d'une résistance française aux data-centers qu'il va être très intéressante de voir grandir. De nombreuses voix locales s'élèvent en effet pour alerter contre le déploiement massif de data-centers dans la région, et cela depuis le début des années 2020.

Et le mouvement se renforce. Mi-mars 2025, un forum "Stop data centers" faisait ainsi salle comble, regroupant associations, citoyens et élus, sous l’impulsion de Sébastien Barles (Les Écologistes), adjoint à la transition écologique de la Ville qui, avec d'autres, avait déjà demandé un moratoire sur le sujet en 2024. Rappelons que l'autorisation d'implantation des data-centers est gérée par la métropole, dirigée jusqu'à il y a peu par la LR Martine Vassal, et conservée par la droite à l'issue des dernières législatives (ce qui n'augure rien de bon).

Le gigantesque projet à Bouc-Bel-Air est au coeur est un des nombreux projets qui élargissent la problématique et la résistance à toute la région, au delà de Marseille.

Mais c'est bien de la cité phocéenne que part le mouvement, et c'est notamment grâce au collectif "Le nuage étant sous nos pieds", dont j'ai déjà parlé à plusieurs reprises.

Ce collectif regroupe au moins 3 entités : La Quadrature du Net, défenseur des libertés fondamentales dans l’environnement numérique, Technopolice, structure d'analyse et de lutte contre les technologies de surveillance, et le collectif des Gammares, mouvement d’éducation populaire dédié aux enjeux de l’eau. J'ai eu le plaisir de participer à une récente réunion publique du collectif, et c'est grâce à leur travail que j'ai découvert l'ampleur du problème. Alors déjà, pour commencer : merci à elleux.

Je ne pouvais malheureusement être là, il y a une dizaine de jours, pour leur festival. J'aurais notamment pu y participer à ce qui constitue un peu leur "marque de fabrique" : des balades autour des data-centers de Marseille pour bien comprendre leur impact sur la ville et ses habitants. Mais le podcast Azerty nous permet de revivre une de ces balades au format sonore, et c'est vraiment passionnant.

Photo d'une balade passant sur les hauteurs devant l'un des data-centers de Digital Reality, dans le port de Marseille. Crédits : Azerty podcast / Le nuage était sous nos pieds


C'est aussi leur engagement qui a poussé le Mucem à rompre son partenariat avec Digital Reality, dans le cadre du conflit israelo-palestinien.

On peut aussi citer leur traduction française d'une brochure de la chercheuse et professeur canadienne Anne Pasek "Lutter contre les data centers", ainsi que leur carte des data centers, des projets et surtout des contestations face à ces projets, en France.

Autant de preuves que, si la résistance est certes jeune, elle n'est pas désorganisée, loin s'en faut.

Ce qui constitue une piste de nouvel engagement local personnel, pour ma part. Marseillais, marseillaises qui lisez cet article, on s'y retrouve ?


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Un grand merci, et à bientôt,
Thomas ✊

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