Sortir de la boucle ?
Chères lectrices, chers lecteurs, j'espère que vous avez passé un bel été !
Ce fut mon cas, au rythme de tranquilles pérégrinations méditerranéennes. J'en ai profité pour couper avec le monde de la tech pendant quelques semaines, bénéfiques.
Une coupure qui fut d'abord très concrète, physique même : j'ai profité de cette période pour drastiquement diminuer le temps passé sur mon smartphone. Je vise désormais moins d'1 heure par jour, quand j'y passais plus de 3 heures avant, entre usages pro et perso, souvent en quête de "dopamine notificationnelle". Je pense bientôt partager quelques tips à ce sujet, dans un prochain numéro de l'infolettre.
Surtout, les premiers bénéfices sont clairs : je n'ai jamais autant lu (on en reparle un peu plus bas), et je me suis remis à l'écriture de plus gros projets 👀
Il faudra évidemment voir si ces résolutions résistent à la "vraie rentrée", quand le rythme de septembre reprendra ses droits, mais c'est déjà encourageant.

La coupure fut également "thématique", au sens que je me suis déconnecté le plus possible des dernières annonces en provenance de la joyeuse industrie de la tech.
Et alors, un truc m'a sauté aux yeux, après ces 3 semaines à ne plus suivre ou presque ce qu'il se disait sur le sujet, et pendant lesquelles le rythme des "annonces" n'a pourtant pas ralenti :
J'y ai retrouvé des news parfaitement similaires à ce qu'elles étaient 3 semaines plus tôt, comme un éternel recommencement.
Comme si cette industrie était désormais lancée dans une boucle infinie à rendre zinzin, avec quelques simples retouches à chaque nouveau passage. Comme si le monde autour, et ses résistances en hausse, ne pouvaient avoir de conséquence aucune sur sa "bonne marche".
Un jour sans fin, avec Marc Zuckerberg en guise d'Andie MacDowell, un "techno-jour de la marmotte" qui semble ne plus nous atteindre, ne plus nous surprendre.

Quelles furent ces constances, cycliques, qui me sautèrent aux yeux ?
Joyeuse liste :
- Les tech-bros et leurs alliés nous paraissent toujours plus timbrés (comme le rappelle cette vidéo qui ferait une excellente préquelle à la série de jeux vidéo Bioshock), mais leur puissance ne semble pas vaciller
- Le plus emblématique des tech-bros, Elon Musk, continue à menacer notre démocratie, mais tout le monde est toujours sur X (et Bernard Arnault y débarque même dans le plus grand des calmes)
- Les géants de l'IA perpétuent leurs effets de manche et leurs étalages d'incompétence...
- ...mais personne ne leur en tient rigueur, surtout pas des médias grand public se contentant généralement de reposter de vulgaires communiqués de presse, alors même que l'IA menace plus que jamais ce qu'il reste des médias libres et indépendants
- Des géants de l'IA qui continuent aussi à nous pousser leurs "outils" sans consentement aucun (alors, en réponse, on bricole à chaque fois des solutions)
- Pendant ce temps, nos politiques continuent à démontrer leur incompréhension des enjeux de la tech, entraînant des revers gênants face à leurs mauvaises idées
- La bourse, elle, reste à flot, portée par des valeurs tech qui ne tiennent plus que sur des bénéfices factices ; tout ça n'a plus aucun sens économique, mais la bulle ne pète toujours pas
- Les défenseurs des data-centers ne perdent pas le cap, en nous expliquant que, construits en France, ils seront "écologiques", rien que ça.
Business as usual au coeur d'un été caniculaire et incendiaire, donc.
Tout. Va. Bien.
Et on ne sait pas trop comment sortir de la boucle. À moins d'un choc suffisant pour faire dérailler tout ça, peut-être. Bulle qui craque enfin ? Trump auteur de la bêtise de trop ? Difficile à dire.
Mais est-ce que tout va mal, pour autant ?
Et bien non, figurez-vous. Alors, après ces mots introductifs, voici un tour d'horizon de quelques nouvelles plus plaisantes ou amusantes, accompagnées de quelques découvertes estivales.
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Merci et bonne lecture à toutes et tous !

Commençons par quelques traits d'humour, assénés par votre serviteur sur un réseau pourtant plutôt déprimant, Linkedin.
Qu'on s'y moque des entrepreneurs de la tech en tant que grands génies du capitalisme conquérant, ou bien qu'on y évoque la tech comme révélateur de nos absurdités, vous devriez y trouver votre bonheur.
N'hésitez pas à suivre le compte Absurditech là-bas, ça égaiera votre scroll professionnel, entre deux posts corporate écrits avec Claude.

Après les "business angels" de la French Tech arnaqués, autre histoire de gros sous encore plus réjouissante :
Meta a été sommé par le jury de Santa Fe, au Nouveau Mexique, de verser près d’un milliard de dollars pour cause de défaillance dans la protection de ses utilisateur·ices les plus jeunes. Somme qui va servir notamment à financer des programmes de prévention dédiés à la santé mentale des jeunes de cet état du sud des États-Unis.
Un milliard de dollars, ce n'est qu'une cacahuète pour un groupe comme Meta, mais le problème pourrait s'accentuer rapidement, car comme le note l'ami James Martin, "quatre autres états US demandent actuellement des pénalités à hauteur combinée de 1,4 trillions de $ [1 400 milliards 😱] pour des accusations similaires", alors même que Meta vaut actuellement 1,5 trillions sur les marchés boursiers.
Toutes ces accusations n'iront pas au bout, certes, mais elles pourraient aussi inspirer d'autres pays dans un contexte législatif pesant pour les plateformes sociales, en France comme ailleurs. Et alors on commencera sans doute à rigoler un peu moins chez Meta et Zuckerberg (qui lui continue son nervous breakdown en public).

Meta toujours, et un retour à mes premiers amours professionnels, le joyeux monde de la communication. Car cette campagne marketing de DuckDuckGo, acteur tech mieux-disant sur le terrain des navigateurs et moteurs de recherche axés sur la protection de la vie privée, est géniale de simplicité :
L'entreprise (malheureusement états-unienne) vient d'annoncer la sortie de ses "normal fucking sunglasses", soit des "lunettes de soleil normales bordel de merde", en opposition aux AI/smart-glasses de Meta, dont j'ai déjà parlé ici.
Drôle, malin, et déjà en rupture de stock (perso, je n'aurais pas été jusqu'à acheter ce bout de plastoc' à 35$, mais c'est vous qui voyez).
Surtout, cela met en lumière les conséquences néfastes tout à fait anticipables de l'apparition de ces lunettes dans la sphère publique. Rien d'étonnant, me direz-vous, en provenance de Meta, une boîte créée sur la base d'une idée purement perverse, cf le Social Network de David Fincher (dont la suite, annoncée, sera on espère plus abrasive).

Éloignons nous désormais un peu de la tech, car j'ai envie de vous partager quelques autres découvertes de mon été.
Il y a eu d'abord des bouquins, comme je l'évoquais au début de cette infolettre. Et comment ne pas parler, pour commencer, du "Paresse pour tous" d'Hadrien Klent (pseudo de Raphaël Meltz).
Parler de "découverte" ici est sans doute un peu galvaudé, tant on m'en a conseillé la lecture ces derniers mois, mais c'est là un virus que l'on est heureux de voir se diffuser.
Le virus de la paresse ? Pas exactement, plutôt celui d'une saine remise en question de notre modèle productiviste à bout de souffle, à l'heure où l'accaparrement des richesses par quelques-uns met définitivement à mal nos modèles de sociétés occidentaux (même le Financial Times s'en rend compte, c'est dire).
"Paresse pour tous", c'est donc un bouquin mi-roman mi-essai, qui raconte comment un prix Nobel d'économie devient candidat à la présidentielle avec pour crédo la semaine de travail de... 15 heures ! Un prétexte provocateur pour, on le disait, remettre en question toutes nos idées pré-conçues et poser beaucoup, beaucoup de bonnes questions. On n'y parle même un peu de tech, au final !
Un livre évidemment utopique, sans doute "cucul" par moments, mais surtout stimulant et joyeux. Voilà qui fait du bien vu la période, désespérante sur bien des plans, et à moins d'1 an d'une campagne présidentielle.
On sort clairement du jour de la marmotte avec celui là !
Vraiment, lisez-le.
(Et achetez-le chez un·e libraire, ils et elles ont besoin de vous, ce qui n'est évidemment pas le cas d'Amazon).

PS : il n'est pas impossible que je vous reparle de ce bouquin dans un prochain numéro de la newsletter, sous un angle un peu différent. Nous verrons. Tout comme d'une autre lecture plaisante, "La Main Gauche de la Nuit" d'Ursula K. le Guin. Suspens 👀
PS2 : notez aussi une lecture potentielle à venir pour ma part, et une nouvelle figure techno-critique à suivre, Gil Duran et son "Nerd Reich".
Après la lecture, l'été fut marqué pour ma part par des vidéos, une fois de retour plus régulièrement devant un écran d'ordinateur. J'ai ainsi pris le temps de me pencher sur des essais vidéos que j'avais mis de côté depuis un moment, plutôt anglé sur la tech.
Mais finalement, c'est de tout à fait autre chose que j'ai décidé de vous parler. Parce que j'ai été cueilli, par surprise, par l'incroyable boulot de Zeph & Ramo.
J'ai découvert ces deux géniaux zigotos via leurs courtes pastilles sur des jeux vidéo chelous, insérées dans l'émission hebdo de mon média gaming préféré, Origami. Des pastilles plaisantes, mais qui ne rendent pas justice, à mon humble avis, à l'incroyable qualité de leurs longs formats.
Et longs, ils le sont : près de 2 heures pour l'histoire d'un "crossover catastrophique". 3 heures pour leur magnum opus, sur... les jeux vidéo de pêche ? 🎣
Les compères Zeph & Ramo deviennent de toute évidence plus puissants avec le défilement des minutes.
C'est avec la première de ces vidéos que j'ai découvert et réalisé la qualité du boulot. Un voyage qui part d'une histoire que je ne connaissais pas, sur un film quasi maudit, réunissant pourtant la crème de la crème des auteurs (oui, à peu près que des mecs) mondiaux de l'animation, dans un format que j'adore et qui rappelle pas mal le super boulot de Meeea.
Mais ce n'est là que le début d'une longue expédition, où un bon paquet de vos héros vont prendre très chers, et où il apparaît évident que le génie n'existe pas ; c'est vrai pour les entrepreneurs de la tech comme pour les artistes, tmtc.
Une expédition au cours de laquelle il devient clair que le concept même "d'auteur" n'est pas souhaitable. Moebius a succombé à deux sectes différentes, Jodorowsky est un parasite plus que malsain, tous vos animateurs japonais préférés sont des psychopathes...
Votre monde artistique va s'écrouler, mais vous allez adorer ça.

La seconde vidéo que je vous conseille est leur hit absolu à date, je pense : "L'iceberg des jeux de pêche." Et ce qui part comme une sorte de tier-list des jeux de pêche va là encore vous défoncer le crâne en partant dans un nombre de directions zinzin, vous faire rire, pleurer, réfléchir, et tout le reste. Génial.
Bonus tech : on y retrouve l'une des meilleures explications de pourquoi l'IA générative appliquée au jeu vidéo, c'est de la 💩, quand la génération procédurale existait bien avant la survenue de ChatGPT dans nos vies.
Et non, 3h10 ça n'est pas trop, pas du tout.
Bref, go subscribe et lâcher des pouces bleus, comme on dit dans le Youtube game.
Dernier mot pour la route : j'ai aussi profité de l'été pour refaire la déco de mon laptop. C'est pas beau ça ? Merci à l'illustratrice Audrey Molinatti (aka Nosferatu Hater sur Bluesky) pour les travaux ! Et fuck AI slop !

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Pour conclure, bien sûr, une très bonne rentrée à celles et ceux qui reprennent les hostilités ce jour, et un grand merci pour votre fidélité et vos lectures !
À bientôt,
Thomas ✊
PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.