Balladur-Punk et radicalisation climatique

Balladur dans un meeting de 1995, avec l'affichage sur son pupitre modifié : "Croire en la France... et en l'IA ! Édition 2027"
Vraie image de campagne de Balladur en 1995 ; pupitre un brin altéré.

Chères lectrices, chers lecteurs, je vais commencer ce numéro de l'infolettre par des remerciements : merci à toutes celles et tous ceux qui se sont abonné·es récemment, que ce soit suite à l'article sur les data-centers à Marseille ou celui sur la trahison de Proton. Ce sont les deux articles qui ont le plus été lus depuis les débuts d'Absurditech / TFTT, et ça fait chaud au cœur de voir l'audience grimper ici !

Comme s'il ne faisait pas assez chaud comme ça, me direz-vous 🔥

D'ailleurs, l'auteur de ces lignes va bientôt partir en vacances quelques semaines, il s'agira donc de votre dernier numéro avant un retour à une date indéterminée en août. Le cinglé monde de la tech ne va évidemment pas arrêter de tourner, mais de mon côté, je vais avoir besoin d'un peu de repos loin de tout cela. Notamment parce que je commence à ne plus en pouvoir de parler et d'entendre parler d'IA générative partout, tout le temps, et surtout n'importe comment.

Espérons que la bulle pète d'ici là 😇

On parlera pourtant encore un peu d'IA dans ce numéro en forme de "best-of" des dernières semaines, avant la quille :

  • Nous évoquerons d'abord les "programmes technologiques" de candidats présentiels de droite plus ou moins extrême
  • Puis nous nous demanderons : ne serait-il pas temps de se radicaliser face aux géants de la tech, suite notamment aux vagues de chaleur que nous traversons ?
  • Avant d'évoquer brièvement les dernières nouvelles en provenance de l'industrie du jeu vidéo (spoiler : c'est pas ouf, du tout)

Avant toute chose : on vous a fait suivre cette infolettre ? Si ce que vous y lisez vous plaît, pensez à vous inscrire, gratuitement, via le bouton ci-dessous (et à cliquer sur le lien de confirmation que vous recevrez par email) 🤗

Merci, bonne lecture à toutes et tous, et bon long week-end !

Titre : retour vers le futur (du passé)

Édouard Philippe n'a pas eu le fax, ou alors il ne l'a pas compris : le GiscardPunk, c'était pour la blague.

Le GiscardPunk ? Un mouvement artisico-rigolo qui part du principe uchronique que Giscard aurait gagné en 1981, et où "les villes [furent] reconstruites afin de ressembler à la Défense et toute l’innovation technologique [fut] centrée sur les succès des années 70 et 80 (Minitel, TGV orange…)", d'après l'artiste Florent Deloison.

Visuel représentatif du GiscardPunk, par Florent Deloison

Or, se tenait dimanche dernier le premier meeting de campagne d'Édouard Phillipe, devant 5000 personnes ; ce qui suffit décidément pour qualifier un meeting de campagne de "réussi", si l'on en croit un article de Public Sénat. Même si niveau électorat, il y a sans doute débat.

Et on aurait pu y croire à un retour dans le passé, au regard des slogans qui y étaient mis en avant : "Avec Édouard" ! "Croire en nous" ! Voilà qui rappellent une certaine campagne, elle pas vraiment réussie, celle de Balladur en 1995. Son slogan était alors "Croire en la France". C'est dans les vieux pots...?

Surtout, notons ceci dans l'article de Public Sénat, révélateur d'une certaine vision du futur : "En préambule du discours, pas de prise de parole, mais un clip réalisé à l’IA pour illustrer la France de 2050, à coup de réalité augmentée, de nucléaire, d’éoliennes, de sourires, de moto de police volante et d’une sorte de Concorde, qui reprend du service dans ce futur philippiste".

Les voitures volantes et les avions-fusées. Et beh, belle science-fiction des seventies ! On est plus dans le RPR 1.5 que "l'UMP 2.0" voulu par son nouveau chef de file. Un boss de la droite qui ne brise pas toutes les traditions, cependant : les affaires judiciaires sont en embuscade.

Le plus parlant sur ce qu'a à proposer Philippe, pour moi ? Ses propositions sur l'école, pour celui qui se place en "bon père de famille" (le patriarcat a de beaux jours devant lui, pas d'inquiétudes). De bonnes vieilles marottes de la droite, avec un bonus :

  • réduction de la durée des vacances d'été. Traduction : vos gamins ont failli canner en juin dans les écoles ? Bientôt ils pourront aussi le faire en juillet et en août !
  • profs retraité·es qui ne seront plus vraiment à la retraite
  • directeurs et directrices d'écoles transformé·es en "patrons" d'entreprise (parce qu'éduquer et faire du pognon c'est la même chose, visiblement)
  • statut de fonctionnaire sur la sellette
  • possibilité de faire revenir l'uniforme au cas par cas
  • et le bonus "tech" : un "assistant IA" pour "tous les élèves" ! Pas d'infos sur l'âge concerné, la nature dudit assistant, ou autre... l'important c'est de glisser la notion pour faire "cool".


Voilà, pour résumer, la vision de Philippe, c'est le passé... mais avec de l'IA !

Sur ce point spécifique, cela annonce une véritable catastrophe cognitive pour vos gamin·es ; des pays commencent d'ailleurs à interdire les chatbots IA aux écolier·es.

Mais j'ai également hâte de voir comment Philippe va marier ça avec l'idée de son mentor (clone ?), Manu Macron : interdire les téléphones et les réseaux sociaux à ces mêmes jeunes. Tout ça est diablement cohérent.

Édouard Philippe ou Édouard Balladur ? Personne ne les a jamais vu dans la même pièce.


Partons maintenant à l'extrême-droite. Et je ne parle pas du RN, chez qui les seuls gadgets tech dignes d'intérêt semblent être les bracelets électroniques.

Non, je parle bien de Bruno Retailleau, leader minimus de "Républicains" qui portent plus que jamais mal leur nom.

Le Bruno vient lui aussi de révéler des détails de son programme, et on y retrouve pour le coup tout un pan technologique, analysé par Synth.media. Un programme techno révélé pas n'importe comment : "devant un parterre d’acteurs de l’IA réunis à Station F", comme aux plus grandes heures de la start-up nation macroniste, mais avec quelques années de retard.

Son programme en quelques mots ? IA à tous les étages et dérégulation maximale. Du trumpisme technologique dans le texte, en y ajoutant (très régulièrement) le mot souveraineté pour faire plus français. Le document au complet, portant le doux nom  de "L’IA au service des Français et de leur indépendance" fait tout de même cinquante pages, dont on peut parier qu'un bon paquet auront été rédigées avec l'aide d'une IA pas souveraine pour un sou.

L'idée principale : "faire de l’intelligence artificielle le grand levier du redressement national", comme le dit Eitanite Bellaïche dans son article. Citation :

"l’intelligence artificielle serait au XXIe siècle ce que le nucléaire fut au XXe. Mieux encore, elle serait un « nucléaire augmenté », un outil décisif pour la souveraineté, la productivité, les services publics, la défense et la préservation du modèle social français."

Le nucléaire augmenté ? Cela ne veut rien dire, mais on suit là les discours à la "plug, baby, plug" chers à Macron. L'IA au service des marottes de la droite et de l'extrême droite, voilà qui ne différencie d'ailleurs dans le fond pas beaucoup Macron, Philippe ou Retailleau. Mais ce dernier va nettement plus loin.

Car comme dans un discours digne d'un Sam Altman version franchouillarde, Retailleau promet que l'IA va régler "tous" les problèmes des français·es :

Déjà, grâce à l'IA, plus de "sclérose bureaucratique" ! Comment ? En remettant "sur le terrain" 125 000 fonctionnaires, tandis que 125 000 autres, proches de le retraite, seront grand-remplacés par l'outil magique.

Ensuite, on passe en mode chatbot, avec l'annonce du développement d'un assistant administratif IA pour toutes et tous destiné à simplifier la vie administrative des français, nommé Marianne... C'est la même idée que celle de Philippe pour l'école, mais appliquée aux impôts. Du flan dans laquelle des milliards d'euros seront investis pour des résultats faméliques, mais qui présente bien sur le moment pour les milieux financiers.

La question des français·es éloigné·es du numérique qui ne s'y retrouveront pas ? On botte en touche. Celle du rejet majoritaire de l'IA par ces mêmes français·es ? Idem.

Mais le coeur du programme, c'est bien entendu la sé-cu-ri-té :

« Demain, il faudra autoriser, dans un cadre strict, contrôlé et rigoureux, l’utilisation de caméras intelligentes. Vous n’imaginez pas les moyens que cela pourrait donner aux policiers et aux gendarmes. Face à l’hyperviolence qui gagne certains territoires, c’est un outil absolument fondamental. »

Après le vote d'une loi chère à Jean-Marie Le Pen, c'est décidément la fête pour les policiers. Hâte que l'IA gère "l'hyperviolence". L'humain ? Surfait.

Vous trouvez Retailleau crédible en speaker sur une scène d'un événement dédié à l'IA ? Moi non plus, mais au moins ai-je rigolé devant cette photo.


Comment toutes ces supers idées seront mises en place ? Des chiffres de financement flous sont avancés, le nucléaire alimentera bien sûr tout cela, mais l'autre point clé sera la dérégulation !

Eitanite Bellaïche, toujours chez Synth.media : "Bruno Retailleau évoque une potentielle dérogation de trois ans au RGPD, le règlement européen qui encadre le traitement des données personnelles dans l’Union européenne, ainsi qu’à certaines dispositions de l’AI Act. Une manière de s’attaquer aux normes européennes, qu’il présente comme des freins à l’innovation."

L'impact environnemental de l'IA, ou même l'écologie de manière générale ? Bien sûr absents, Bruno était bien au frais sous la clim' de Station F, alors la canicule, franchement...

Bref, on connaît le discours, c'est encore une fois un Ctrl+C, Ctrl+V des discours trumpistes, mais avec une moustache. Des annonces de façade peu étayées pour caresser dans le sens du poil des milieux financiers qui ne jurent que par la dérégulation et l'IA, même s'il leur est particulièrement difficile de nous expliquer en quoi cela changera les choses en bien pour la vaste majorité des français·es.

 

Joyeux programmes, donc.

Mais, vous allez le voir, si les milieux politiques conservateurs ne proposent rien de nouveau à part des incantations magiques "powered by AI", une certaine forme de radicalité se fait peut-être jour ailleurs. Rangera-t-on bientôt ces vieux pots dans une armoire au fond d'un grenier, pour le meilleur ?

Titre : si la tech se radicalise, on peut faire pareil

Il fait chaud. À en crever, très littéralement.

Et avec ça, les forêts commencent à cramer.

Une telle situation, où le dépassement du seuil des 40 degrés est en train de devenir une terrible habitude, peut amener à plusieurs choses. Comme le dit Nabil Wakim, "il est difficile de résister à la fatigue, la colère, et [au] désespoir, tant ces événements étaient prévisibles."

Graphique montrant le nombre de franchissement du seuil des 40 degrés en France depuis 1951


De l'apitoiement, donc, de la peur sans doute. Mais aussi une saine colère.
Voire jusqu'à une forme de radicalisation ?

Car plus nous cramons, plus il apparaît indubitable même pour les climato-sceptiques les plus acharnés que le système naturel gérant notre climat est en train de griller par notre faute... Dans ce cadre, certaines positions deviennent, ou doivent devenir, intenables.

Or, s'il y a une position qui devient intenable, c'est celle défendue par les techno-solutionnistes, qui nous disent en substance : "restez bien au frais sous votre clim', l'IA et les gros cerveaux de la Silicon Valley s'occupent du reste. Tout va bien se passer."


Cela rend certains discours, qui n'auraient énervé que quelques pré-radicalisé·es dans mon genre, particulièrement insupportables à une part de plus en plus grande de la population.

Car pendant que l'on crame sous les dômes de chaleur, la tech se moque de nous de plus en plus ouvertement.

Il y a d'abord eu la déclaration du patron des lobby des data-centers, avec son nom de méchant de comics. Lex Coors, c'est son blase, demandait sereinement il y a quelques jours à l'Union Européenne de faire un choix : privilégier le développement de sa branche, au profit de l'IA, et au dépend de la lutte contre le changement climatique.

Retenons cette citation :

"Si l’Europe veut tripler sa capacité en data centers d’ici 2032 et ne pas perdre face à la Chine, alors elle doit mettre en pause ses ambitions climatiques et construire immédiatement des centrales à gaz.”

On ne peut pas faire plus clair. Alors que l'Europe crame, la priorité pour Lex et ses copains, c'est de tripler notre capacité en data-centers pour permettre à une technologie dont on attend les fruits positifs de se développer.

Perdre contre la Chine ? Sans vos choix merdiques, on aurait pu gagner sur les bagnoles électriques et le solaire, mais visiblement c'était pas assez branché. Alors lançons nous dans une nouvelle course comme des poulets sans têtes, alors que la ligne d'arrivée ressemble à un barbecue à l'échelle mondiale, yes !

 

Et puis il y a les positions et les résultats des géants de la tech eux-mêmes, de plus en plus hors sol et dangereux. Ainsi, depuis quelques semaines, le peu de transparence de ces entreprises suffit pour entrevoir l'ampleur du délire en cours.

Ainsi, on sait désormais que les émissions de CO2 combinées de trois des plus grandes entreprises de la tech ont bondi de 42 % depuis 2020, alors même que celles-ci s'étaient engagé à les diminuer de moitié, voire à les annuler complètement à horizon 2030. La bonne blague.

Au moins ne font-ils plus semblant. Google supprime les pages web dédiée à ses objectifs environnementaux, j'ai déjà souvent parlé ici des renoncements de Microsoft ou Bill Gates, et ce retournement global dans le lien entre Silicon Valley et environnement trouve sans doute des racines plus profondes encore.

Bill Gates, comme la tech dans son ensemble, tournant le dos au climat.

Mais si la tech se radicalise dans sa volonté de nous imposer notamment une technologie dont nous n'avons pas besoin, peut-être devrions nous aussi nous radicaliser. 

C'est en tout cas la thèse très juste défendue dans un récent article par la journaliste Mathilde Saliou. On peut notamment y lire :

"Comme un nombre croissant de personnes dans le monde, je crois qu’on s’en sortirait très bien sans IA générative, voire sans un pan plus large de cette industrie d’extraction. Lorsque Romaric Godin écrit dans Mediapart que « les appels à la régulation de l’IA sont une illusion dangereuse », je pense qu’il a raison. Un projet qui ne vise que le progrès du capital (c’est-à-dire ni progrès social, ni projet environnemental, ni aucun autre progrès que celui de la poignée de décideurs à la tête de cette industrie), alors qu’on a établi en long, en large et en travers que le fonctionnement de la société appuyé sur la seule accumulation de capital provoquait directement la dégradation de nos lieux de vie communs, un projet comme ça, ça ne se régule pas, ça se combat."

 

Et c'est peut-être là un autre point majeur, au fond, qui explique que prise de conscience (tardive) du changement climatique et détestation de l'IA vont main dans la main :

Ces deux phénomènes, l'IA et le changement climatique (dont l'homme blanc amasseur de capital est indéniablement responsable), vont toutes et tous nous toucher, et plus encore celleux qui sont déjà en position de fragilité.

Pour le reformuler plus simplement : comme l’impact de la canicule, l’impact de la tech et de l’intelligence artificielle va toutes et tous nous concerner, et pas en bien.

Et c'est peut-être, enfin, ce qui va nous faire bouger, cyniquement. Au sujet du cynisme de la chose, citons Pierre Rimbert dans un article au titre équivoque ("tout le monde déteste l'IA") pour Le Monde Diplomatique :

“Des secteurs qui avaient accueilli la désindustrialisation avec l’indifférence hautaine que leur inspirait la foi dans l’« économie du savoir » se trouvent à leur tour menacés. [...] Si la classe dominante occidentale avait pu se satisfaire du chômage des prolétaires, qui produisaient beaucoup mais consommaient peu et faisaient peser sur la vie politique le souvenir déplaisant des révolutions, la robotisation des métiers occupés par les populations aisées introduit une double inconnue dans l’équation socio-économique : comment faire tourner la machine si les groupes qui tirent la consommation intérieure s’appauvrissent ? Comment perpétuer le théâtre politique si les couches-cibles des grands partis dépriment ou se rebellent (4) ? Bien sûr, les prophéties du déclassement numérique hantaient déjà le salariat dans les années 1990, et Internet a renouvelé plutôt qu’anéanti les classes moyennes. Mais le séisme de l’IA s’annonce d’une tout autre magnitude.”

 

Les géants de la tech, les milieux d'affaires et les politiques de droite (on l'a vu) veulent nous faire croire que l'IA est une force inarrêtable et que le mouvement est déjà en marche, quoi que l'on fasse. Que sa consommation gigantesque d'eau et d'électricité sera compensée par des gains indiscutables pour la société... quand les gains ne seront en fait tangibles que pour un petit groupe de gens déjà ultra privilégiés.

Pierre Rimbert, toujours dans Le Monde Diplo :

"Pendant que les économistes libéraux prophétisent un ruissellement universel de lait et de miel, l’un des spécialistes mondiaux des effets de l’innovation prévient : « L’intelligence artificielle devrait creuser l’écart entre les revenus du capital et ceux du travail (5). » Ses infrastructures absorbent les investissements au détriment des autres secteurs, ses valorisations boursières enrichissent les riches et limitent la liberté de contestation de cette moitié des Américains dont l’épargne et les retraites dépendent des marchés. Davantage de milliardaires ou tous à la rue, l’alternative a de quoi enchanter. Les dirigeants de la Silicon Valley, qui devinent une fin de soirée difficile, réclament une forme de redistribution des bénéfices qui limiterait la prolétarisation de leurs clients*."

*coucou la marotte du revenu universel.


Voir le développement de l'IA priorisé alors même que nous cramons devrait donc nous révolter tout autant que l'état d'impréparation de nos écoles et hôpitaux face à ce même changement climatique dont les scientifiques alertent des conséquences depuis des décennies.

La bonne nouvelle, c'est qu'une forme de prise de conscience face au changement climatique est palpable, nous le disions, tout comme celle concomitante d'une résistance face aux techno-libéralisme.

Parmi les illustrations récentes de ce retour du mouvement des "luddites", je vous conseille ainsi de jeter un oeil au travail de Brian Merchant dans sa newsletter "Blood in the Machine", dont le dernier numéro évoque encore de nombreuses initiatives rejetant la technologie en tant que présence toute puissante et obligatoire dans nos vies.

De toute façon, les data-centers eux-mêmes surchauffent sous les fortes chaleurs, alors...

 

Et vous, que pouvez-vous faire ?

Je peux vous renvoyer à nouveau vers l'article de Mathilde Saliou, dans sa partie "boîte à outil". J'avais aussi évoqué la résistance aux data-centers avec l'exemple marseillais il y a peu, et je vous conseille de vous pencher sur les résistances en cours au plus proche de chez vous, résistances que répertorie le collectif Le nuage était sous nos pieds.

Mais des pistes, il y en a beaucoup d'autres :

  • Questionnons nos usages technologiques à la maison et au bureau
  • N'hésitons plus à expliquer à nos proches qu'utiliser l'IA générative toutes les 5 minutes pour des questions à la con c'est aussi délétère que de prendre l'avion comme si c'était un bus. Bientôt un flygskam appliqué à l'IA ? Pourquoi pas !
  • Confrontons nos politiques sur leurs engagements climatiques et technologiques, et ne votons pas pour des candidats qui ne proposent pas de programme écologique clair
  • Soutenons des associations comme Data for Good, Halte à l'Obsolescence Programmée ou bien Le Mouton Numérique, qui font un travail énorme pour documenter et lutter contre les dérives (notamment environnementales) de la tech
  • Suivons les médias et voix techno-critiques qui se multiplient ces derniers mois en France et ailleurs, par bonheur, médias et voix que je tente de citer ici aussi régulièrement 

 

Après le covid, nous espérions un "nouveau monde" qui est bien vite mort. Ne ratons pas cette nouvelle opportunité, ce triste concours de circonstance techno-climatique qui doit nous radicaliser une bonne fois pour toute.

Ne baissons pas les bras, car le combat commence à peine. Et parce que nous avons la force du nombre.

Le jeu de mot est excellent... et la lutte porte ses fruits !

Titre : l'industrie du jeu vidéo s'auto-détruit

Je vais faire court pour cette dernière partie, mais je ne pouvais pas décemment passer sous silence ce qui se passe dans une industrie toujours chère à mon cœur.

Or, Xbox (division de Microsoft dédiée au gaming et l'un des 3 "consoliers" du marché) vient de virer des milliers des personnes et de tuer certains des studios de développement de jeux vidéo les plus prestigieux de cette industrie de plus en plus pourrie. Une décision prise par Asha Sharma, une boss qui vient du joyeux monde de l'IA et utilise comme excuse un trop plein "de bureaucratie", ce qui rappelle les discours libertariens les plus classiques. Compte rendu complet du toujours excellent Gautoz ici.

Pendant ce temps, Sony et sa marque Playstation actait la fin du support physique (des jeux vidéos imprimés sur disque, donc). Ce qui induit du même coup la mort pure et simple du marché de l'occasion pour le jeu vidéo et la fermeture prochaine de tous les magasins de jeux vidéo. Ce qui concentrera encore davantage les revenus de cette industrie autour de quelques acteurs. En parallèle, Sony annonce assumer une direction stratégique "full IA" 🤡

Enfin, Valve, l'entreprise derrière la plus grosse place de marché pour jeux vidéo déminéralisés (téléchargeables en ligne), a annoncé les prix de ces Steam Machines. Des mini PC destinés à concurrencer les consoles en proposant des jeux à des prix beaucoup plus intéressants et surtout une expérience utilisateur beaucoup plus ouverte et permissive. Manque de pot, à cause de la pénurie de composants liée au développement de l'IA (encore elle), lesdits prix sont exorbitants.

Heureusement, il y a encore Nintendo.

Ma conclusion, pour rester dans le thème général de cette infolettre :
Vous aimez les jeux vidéo ? Détestez l'IA !


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Un grand merci, et à bientôt,
Thomas ✊

PS : Absurditech est garanti sans IA générative, pas sans fautes.